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Depuis deux ans, Constantinople a donné près de vingt concerts au Mexique. Chaque visite a renforcé notre intérêt pour la musique de ce magnifique pays et de son peuple. Notre intérêt nous a poussés à recueillir le plus d'information possible sur la tradition musicale mexicaine et à rencontrer plusieurs musiciens. C'est lors d'un de ces voyages que Ziya et moi avons mis la main sur un enregistrement CD archive des années 1970 de Son de Veracruz. À la première écoute, au retour, nous avons eu le coup de foudre pour cette musique. Par après, nous avons su que le CD en question était une compilation des meilleurs musiciens de la tradition de l'État de Veracruz dans les années 1970. Il s'agissait donc d'une excellente introduction. Après avoir entrepris des recherches, plus précisément sur le son Jarocho, nous avons rencontré ''de façon virtuelle'' José-Angel Gutierrez, un des piliers de cette tradition musicale, et son épouse Teresita. Nous avons discuté avec eux de notre projet Terra Nostra et, finalement, nous sommes allés à leur rencontre, dans leur village, Lerdo de Tejada, au Veracruz. Rencontre à la fois hasardeuse et pressentie. Hasardeuse, puisque personne ne nous avait vraiment présentés l'un à l'autre. J'ai amorcé un dialogue avec José-Angel à partir de ses écrits sur la musique et des extraits sonores que j'avais entendus de lui. Pressentie, parce que, dès les premiers instants que nous avons joué ensemble, José-Angel a dit qu'il faisait de la musique depuis presque 40 ans et qu'il attendait notre rencontre depuis presque autant de temps! Le projet Terra Nostra est né du désir d'aller à la rencontre de l'Autre dans ce ''Nouveau Monde'', de se perdre dans cette riche tradition musicale et d'appartenir à cette terre, par le biais de sa musique. Depuis des années, José-Angel fait la même démarche en sens inverse, en allant à la recherche des racines de sa musique, vers l'Andalousie, la Méditerranée et l'Orient. Donc, notre rencontre était, en quelque sorte, presque planifiée dans les mystérieux labyrinthes du hasard et de l'Univers. Avec Terra Nostra, un retour au MEXIQUE du XVIIe siècle, Constantinople se lance de nouveau à la quête des liens profonds entre le monde des sources écrites anciennes et les sources de traditions orales vivantes. L'héritage et la profondeur d'un ''vieux monde'' et l'effervescence et l'ouverture d'un ''nouveau monde'' donnent naissance à une nouvelle musique, mélange de traditions monophoniques et de polyphonies improvisées. Kiya Tabassian
José-Angel Gutierrez - requinto, voix
Durée du programme: (1re partie : 45' ; 2e partie : 45')
Créé dans le cadre de la saison 2002-2003 de Constantinople, à la salle Pierre-Mercure du Centre Pierre-Péladeau, Terres Turquoises se plonge et prend ses racines dans le répértoire de la musique médiévale et plus récente de la Méditerranée.Ce concert est constitué des romances séfarades (judéo-espagnoles) et des chants mauresques qui nous parviennent en partie du Moyen Âge d'Espagne et qui ont été préservés dans les diasporas par les communautés séfarades et arabes après leur expulsion d'Espagne en 1492. On y intègre également des pièces instrumentales de la musique de l'empire ottoman et de la Perse ancienne. Terres Turquoises est une célébration de la coexistance harmonieuse et du rapprochemenmt culturel et social des peuples de différentes origines et couleur de la Méditerranée et du Moyen-Orient.
Françoise Atlan - voix
Durée du programme: (1re partie : 45' ; 2e partie : 45')
Mon jardin est mon œuvre. Ma mémoire est la terre de mon Jardin. Tout ce qui pousse sur cette terre, y garde les racines et déchire le sol pour aller ailleurs, pour s'unir à l'univers. K.T. Mania est l'état d'extase et de quasi-folie que l'homme a toujours voulu atteindre pour s'approcher davantage de l'intouchable, de l'invisible, de l'Autre. L'artiste créateur recherche cet état pour se libérer du connu et de sa mémoire et ainsi réinventer le présent. Les frères Kiya et Ziya Tabassian font de la musique ensemble depuis une quinzaine d'années. Ils sont reconnus pour leur grande virtuosité ainsi que pour leur langage musical bien à eux. Ce langage, basé sur la musique savante persane, combine un grand souci de créativité et une volonté de renouvellement de la tradition. Tout en s'inscrivant dans la tradition persane, la musique des frères Tabassian se nourrit des musiques de la Méditerranée et de l'Europe, aussi bien de l'époque du Moyen-Âge que d'esthétique contemporaine. Programme : CrépusculeCette pièce se promène autour des intervalles et de l'esprit du maqÂm sahari. C'est un mode qu'on retrouve dans le répertoire de tanbour-é kermÂnchÂh, à l'est de l'Iran, au sein de la musique des derviches de la confrérie Ahl-é Haq. Sahari est un mode destiné à être joué à l'aube et au crépuscule. éveilFrottements et touchers de matières concrètes et de matières sonores. Cette pièce se veut fraîche comme les premiers touchers, les premiers éveils face à la matière, à autrui. MouvanceCe morceau se déroule dans un mode qui évoque le dastgÂh-é Châhâr-gâh. Il éveille la beauté et la splendeur de Samarkand, ville où même les oiseaux chantent le Châhâr-gâh. JouvenceCette pièce est basée sur les chants de Nowrouz (littéralement le nouveau jour, le nouvel an iranien), appelés Nowrouz-khâni. La fête de Norouz est célébrée depuis plus de 3 000 ans. Comptant parmi les plus anciennes mélodies connues, aujourd'hui presque oubliés et abandonnés, les Nowrouz-khâni, ont été préservés dans les régions du nord et du nord-est de l'Iran ainsi que dans la région du Khorâsân.
Kiya Tabassian : sétar
Pour ce concert, Constantinople explore et revisite les différentes musiques qu'ont jouées, chantées et entendues les troubadours et les trouvères. Bien qu'une partie du répertoire instrumental et vocal de l'époque médiévale nous soit parvenue par le biais de la notation à travers les manuscrits de cette époque, il est clair que cette musique vivait et se propageait grâce à une pratique de tradition orale, sans que les praticiens de l'époque n'aient eu besoin de recourir à des partitions. C'est donc la mémoire qui était le vecteur principal de la transmission. Ainsi en musique et en poésie, un dynamisme particulier animait alors la création artistique, dynamisme qui se manifestait autrement au cours des périodes qui suivirent le Moyen-Âge. Par contre, dans les pays à l'est du bassin méditerranéen, cette tradition orale s'est perpétuée jusqu'à nos jours, à travers des générations, dans le milieu des musiques savantes. La qualité de cette approche réside en absence d'un médium supplémentaire entre le musicien et son instrument. L'artiste arrive donc à créer un lien direct avec son instrument, et son art se vit au moment présent. L'improvisation, un élément de premier ordre pour les instrumentistes et les chanteurs/poètes de cette époque, se pratiquait dans de nombreuses circonstances. On y recourait, par exemple, lorsqu'on créait de nouveaux poèmes et de nouvelles musiques en chantant ou jouant devant son public; lorsqu'on chantait et jouait des poèmes et des musiques déjà existants de soi-même ou d'autres artistes avec une interprétation différente ou plus personnelle; lorsqu'on inventait une nouvelle musique sur un poème d'un autre troubadours ou trouvère; ou encore lorsqu'on créait un nouveau poème pour une musique déjà existante. En tant que musiciens d'aujourd'hui se plongeant dans un tel répertoire, nous nous donnons le même défi en reprenant la même approche dans la pratique de cette musique: création spontanée. Cette interprétation - qui est une forme d'improvisation - se fonde sur un bagage assimilé et vécu des musiciens: sur une connaissance approfondie de la littérature et du langage musical de l'époque, et en ce qui est du jeu instrumental, sur des langages musicaux de tradition orale.
Françoise Atlan - voix |
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