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Carrefour de la Méditerranée Tout au long de son histoire, la Méditerranée, d'une rive à l'autre, fut la terre d'échange de pensées, de muses et de croyances. Ceci à travers aussi bien des coalitions et des amitiés entre les royaumes et les peuples que des conflits et dominations entre les empires. Ces échanges se sont manifestés dans diverses couches de la société et dans divers domaines comme la culture, la science ou la politique. Depuis des millénaires avant l'ère chrétienne, la musique a toujours eu une place privilégiée parmi les peuples qui habitaient les terres méditerranéennes et de l'Orient : suméro-babylonien, assyrien, égyptien, phénicien et carthaginois, crétois, grec et romain. Ces peuples ont établi les fondations d'une musique savante et d'un grand héritage qui se transmit de génération en génération jusqu'au Moyen Âge quand trois grandes civilisations musicales se sont distinguées : arabo-musulmane, byzantine et d'Europe occidentale. C'est vraiment à partir du XVIe siècle que chaque royaume et localité se diversifia davantage dans toute son identité culturelle pour donner naissance à des langages musicaux complètement distincts, mais dérivés du même héritage et de la même source. Les oeuvres jouées et chantées sur le présent disque reflètent cet héritage commun et la diversité des langages qui en sont dérivés. Elle proviennent des traditions musicales ottomane, byzantine, castillane et persane. Ce sont en partie des oeuvres que nous avons trouvées dans des manuscrits écrits en notation alphanumérique, neumatique ou ekphonétique. Bousalik Pishrow est une composition de Dimitrius Cantemir (1673-1723), qui figure parmi les grandes personnalités de l'histoire de l'Orient. Il a mené une vie de voyages, de migrations et d'exile. Il fut prince de Moldavie et knaez de Russie. Cantemir oeuvra et contribua en tant qu'une sommité en histoire, en philosophie, en théologie, en diplomatie, en géographie, en ethnologie, en littérature et le plus important pour nous, en musique. Il jouait admirablement le tanbour (instrument à cordes pincées de la musique ottomane), il composa des chefs-d'oeuvre, inventa une notation qui lui convenait et qui permit la survie de ses oeuvres et d'autour de trois cents uvres qu'il connaissait et qu'il jouait. T aidonia tis Anatolis est un chant datant du XVIe siècle qui évoque les oiseaux d'Anatolie (de l'Orient). Bien que de thématique profane, ce chant se trouve dans deux manuscrits des monastères Iviron (codex 1203) et Xiropotamou (codex 262) du mont Athos. On retrouve également ce chant dans le répertoire des chants de la région de Thrace, qui a survécu par la tradition orale, nous explique Thomas Apostolopoulos, docteur en musicologie byzantine. Zakharia Khanendeh (1680-1750) fut un autre grand maître de la musique savante de toute cette tradition. De famille grecque orthodoxe, il a vécu à Istanbul (Constantinople) et y exerça la profession de chanteur et de compositeur. Reflet de la société cosmopolite de son temps, sa musique est une synthèse personnelle des musiques savantes ottomane, persane et byzantine. Il composa et chanta des uvres de musique ecclésiastique et aussi des oeuvres de musique classique ottomane. Houseyni Agir Semai est un de ses chefs-d'oeuvre. Le manuscrit Cantigas de Santa Maria, qu'on peut trouver en plusieurs exemplaires, représente la quintessence d'un des plus riches phénomènes musicaux du Moyen Âge méditerranéen par sa cohérence formelle et thématique, par son ampleur et par la grande beauté de ses miniatures. Pour la création de cet ouvrage, Alphonse X s'est entouré d'une trentaine d'artistes dans les domaines de la poésie, de la musique, de la calligraphie et de l'enluminure. Tout en coordonnant et supervisant le travail des artistes, il fut lui-même actif dans la création artistique de ces cantigas. Il est également important de signaler que les artistes entourant Alphonse furent de trois différentes religions chrétienne, musulmane et juive et qu'ils pratiquaient leur art les uns auprès des autres, dans une harmonie exemplaire, malgré les différences. Pour cet enregistrement, nous revisitons trois des chants issus de ce grand recueil. Un autre corpus historico-musical des plus riches est celui des chants byzantins dans lequel il y a près d'un million de pages manuscrites de notation des chants. Notation principalement ekphonétique, la notation byzantine a vu le jour au IIIe siècle et s'est développé au courant de l'histoire jusqu'à aujourd'hui. Le chant présenté ici fait partie de la liturgie de la semaine sainte. Cercles migrants est une composition originale de Kiya Tabassian inspirée d'un chant oïgur et composée sur un poème du grand poète persan, HÂfez. Se kainourgia varka est un chant grec qui nous provient d'Asie mineure au XIXe siècle et Ariadni, une composition originale du compositeur grec Vassilis Georginis, dont l'approche rythmique nous rappelle l'esprit musical kurde. Lamma bada se veut le célèbre muwashah arabo-andalous qui nous a été transmis par la tradition orale. Pour finir, Soultani Yegah Longa, d'un des plus grands matres de oud, Yorgos Batznos. D'origine grecque, il vécut à Istanbul et marqua profondément la musique turque du XXe siècle. © Kiya Tabassian
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